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Côte d'Ivoire/ Lire la dernière interview de Sery Bailly

Société, 03.12.2018 17:56, vu 127 fois
Professeur Sey Bailly
Professeur Sey Bailly
A l’occasion du colloque international organisé du 16 au 21 novembre 2018 à Abidjan, Radio France internationale (RFI) a tendu son micro au Pr Séry Bailly. Nous vous proposons l’interview. Une véritable interview-testament du Pr Séry Bailly enregistrée quelques jours plus tôt et diffusée le 24 novembre 2018.

A votre avis pour quelles raisons Sidiki Bakaba fait l’objet d’un tel colloque ?

Je pense qu’il est un immense acteur, il est une grande personnalité du monde du théâtre en tant que lui-même, mais qui a donné sa chance à d’autres jeunes acteurs, à d’autres metteurs en scène et qui a fait connaître le théâtre Ivoirien donc des personnalités anciennes comme le théâtre de Dadié. Je pense qu’il a apporté une contribution une contribution au théâtre Africain et au cinéma Africain et je me réjouis qu’il puisse revenir en Côte d’Ivoire après les événements tragiques que vous avez évoqué et qu’au fond nous puissions lui dire bon retour. Le colloque est un bon prétexte pour que nous puissions renouveler notre reconnaissance à Sidikio Bakaba.

Est-ce que ce colloque qui est organisé vaut pour amnistie pour vous ?

Je pense que nous sommes dans une période où nous essayons de réaliser la réconciliation après ces grands événements que nous avons appelé crise postélectorale. C’est une crise qui a duré presque dix ans. Donc je pense que dans cette réconciliation, tout ce qui peut être fait pour rapprocher les filles et les fils de nation est positif.

Pourquoi Bakaba pourrait rapprocher les fils et les filles de la nation ?

Que lui-même se rapproche de la nation et il est une figure éminente dans le domaine de la culture. S’il apparaît comme un des acteurs de cette réconciliation, si lui-même est présent en Côte d’Ivoire, cela signifie que l’activité de réconciliation avance quelque part. Naturellement, on ne peut pas dire qu’on a réussi en totalité. Mais l’essentiel est que la réconciliation comme processus puisse avancer et s’il peut y contribuer, je crois que lui-même sera heureux d’y participer.

Comment avez-vous fait pour concilier indépendance d’esprit et devoir de réserve ?

Si on aborde la politique comme une activité dans laquelle on veut promouvoir un idéal, on veut défendre des causes, on doit s’efforcer de préserver sa liberté. Je pense que c’est comme si on était en mission.

Quelle était votre mission et quel était votre idéal ?

C’est parce qu’on croit en une valeur comme la liberté qu’on va estimer que le parti unique n’est pas une bonne chose pour nous. Donc, toutes les luttes clandestines ou ouvertes qui vont s’engager pour obtenir le multipartisme et le faire fonctionner, c’est important pour l’exercice de la liberté.

Vous avez été aux côtés de Laurent Gbagbo tout jeune opposant politique à Houphouët-Boigny ?

Oui je l’ai connu quand j’étais étudiant. Nous nous sommes retrouvés dans un camp militaire à cause de nos idées.

Donc compagnons de cellule tous les deux ?

Nous étions dans un camp militaire, nous n’étions pas vraiment en prison mais il fallait faire l’armée de manière forcée. C’était une sanction puisqu’on ne voulait pas admettre qu’il y avait des prisonniers politiques, il fallait mettre les gens dans l’armée et dans l’armée, on espérait les redresser, en tout cas les faire souffrir et les amener à regretter leur engagement. Mais cela a été une période très enthousiasmante pour nous. Parce que cela a permis de nous rencontrer. Si on ne m’avait pas envoyé à l’armée, je n’aurais pas connu Laurent Gbagbo, je n’aurais pas connu mon ami Sangaré qui vient de décédé et bien d’autres camarades.

Un idéal de liberté sur le plan politique et sur le plan de la pensée quelle était votre mission ?

On peut la résumer avec un autre mot, la solidarité.

La solidarité est en souffrance sur le continent et notamment en Côte d’Ivoire, selon vous ?

Je pense qu’il y a problème dès lors que nous sommes de plus en plus nombreux à penser que la proportion de la population qui souffre, qui n’a pas les moyens de vivre dignement et que cette proportion augmente, il y a donc nécessité de nous réconcilier avec ces valeurs de solidarité donc de partage. Il ne suffit pas de dire qu’il y a croissance à un chiffre ou à deux chiffres mais de voir dans quelle mesure cette croissance ou le fruit de cette croissance est partagée.

On sent une impatience chez vous dans le fait de voir les mentalités changer sur le continent sur quoi par exemple ?

L’une des premières choses à faire c’est que nous ayons confiance en nous même.

Y a-t-il une haine de soi sur le continent ?

Une sous-estimation de soi.

C’est-à-dire une valorisation de qui par rapport à soi, on valorise encore le blanc ?

De l’occident. Quand on dit le blanc est très fort, on se minimise soi-même.

C’est une phrase qu’on dit encore aujourd’hui ?

Oui, on l’entend souvent. Donc l’estime de soi est un minimum. Evidemment nous avons nos défauts comme tous les peuples, mais il faut croire en soi, croire en son génie. Donc nous ne devons pas nous contenter d’être créatifs seulement dans le domaine de la musique, du théâtre mais être inventifs aussi dans le domaine de la technologie et dans l’invention d’idées politiques

C’est quoi le principal mur de Jéricho pour la Côte d’Ivoire ?

Ce sont les survivances par exemple du parti unique. Nous sommes dans le multipartisme, nous essayons de construire, d’enraciner la démocratie. Malheureusement les vieilles habitudes tardent à partir. C’est l’un des problèmes. Parce qu’à partir de là on ne conçoit pas la possibilité d’alternance. Toute alternance est vécue comme humiliation. Ceux qui souhaitent l’alternance sont perçus comme arrogants. Alors que la démocratie suppose l’égalité des citoyens ? Personne n’est née pour diriger, personne n’est née pour être dirigée.

Est-ce que l’intellectuel que vous êtes est aussi un danseur de Salsa ?

Oui, j’ai dansé la Salsa et je peux toujours me défendre.

Est-ce que vous FPI, vous souhaitez la libération de Laurent Gbagbo et son retour au pouvoir ?

La première chose c’est sa libération. Parce que rien ne vaut la liberté pour un être humain. Revenir au pouvoir, c’est l’histoire qui va en décider. Mais recouvrer sa liberté, contribuer à la réconciliation du peuple Ivoirien, ce sont ces deux choses qui me semblent primordiales. Nous estimons qu’il est injuste que dans une guerre, dans une crise qui a fait s’affronter deux camps, qu’un seul camp paye, je ne trouve pas cela juste. Toute la nation a été traumatisée et toute la nation aspire donc à recouvrer l’apaisement intérieur et l’apaisement dans la société.

J’ai été membre dans la Commission dialogue réconciliation et vérité (CDVR), et j’ai été membre de la commission nationale la CONARIV, j’ai participé à ces activités. Je crois que chacun de nous doit dépasser ce qu’il a vécu comme souffrance.

Beaucoup de pro Gbagbo ont vécu l’exile est-ce que vous avez déjà rêvé de vous installer en France ?

Non, la dernière fois que j’y suis allé c’était en 2001. Il m’est arrivé de passer en transit. Je pense que cela fait partie du devoir de cohérence. Nous ne pouvons pas critiquer la façon dont la France s’est impliquée dans la crise Ivoirienne et puis tous les deux jours aller sur les plages de France. Je pense qu’un moment viendra où intérieurement je vais me réconcilier avec la France mais en attendant, je lis tous les auteurs Français qui peuvent m’instruire et m’enrichir en tant qu’être humain.

Est-ce que les auteurs Anglophones vous ont aidé à vous décolonialiser mieux que les auteurs Francophones ?

Ils m’ont permis de prendre de la distance, de la hauteur nécessaire pour ne pas réagir instinctivement comme colonisé de la France. Cela m’a permis d’avoir des références autres que Françaises et donc de pouvoir juger des questions Ivoiriennes avec un peu plus de recul et avec plus de liberté dans mes références. Autant je m’intéresse à la révolution Française, aux philosophes Français, autant je m’intéresse à Nkrumah et à toute l’histoire qui a conduit la gold coast jusqu’à l’indépendance du Ghana. En étant de trois cultures, je me donne la latitude de juger, d’apprécier avec la distance réquise.

Le 7 août 1960 a laissé quelle trace dans votre mémoire ?

C’était une grande journée et nos parents qui étaient très enthousiastes à l’idée que nous allions accéder à l’indépendance. Nous qui étions les enfants on a réveillés entre 4 heures et 5 heures du matin pour un défilé qui allait commencer à 10 heures. Je me souviens que certains parmi nous soient évanouis de fatigue et de faim. Quand je réfléchis aujourd’hui, je dis au fond pour certains l’indépendance devaient commencer d’un mauvais pied. C’était un grand événement et nos parents étaient persuadés qu’un grand jour se levait et les choses allaient changer. Surtout qu’à côté Sékou Touré avait pris son indépendance et qu’il n’était plus seul à être indépendant, que nous allons pouvoir nous assumer nous aussi. Et je garde toujours en esprit cette idée que j’ai défilé le 7 août 1960 et que je continue de marcher pour l’indépendance. L’indépendance, on ne l’acquiert pas un seul jour. Il faut marcher tous les jours pour l’indépendance c’est comme la liberté, c’est comme le vélo quand vous arrêtez de pédaler vous allez vous recevoir dans les fossés.

Ne regrettez-vous rien ?

Non, pas du tout. A cette époque je pratiquais le football et quand nous allions au stade pour jouer les dimanches, en traversant le quartier l’une des chansons qui étaient jouées à tue-tête d’Edith Piaf. C’était la chanson qui était à la mode dans notre enfance.

Avez-vous grandi au milieu des blancs ou très loin des blancs ?

Assez loin des blancs en revanche, mon père qui était ouvrier de formation et qui est devenu syndicaliste, a beaucoup fréquenté des Européens et a beaucoup voyagé dans certains pays d’Europe de l’est. Il quasiment fait du syndicalisme professionnel depuis 1946 jusqu’à sa mort en 1983. Il avait des camarades et amis Français. Moi j’ai connu des camarades Français mais c’était au lycée.

Le fils d’un syndicaliste est forcément à gauche dès les couches culottes si j’ose dire ?

Je suis le seul dans la famille à avoir hérité de cette transition syndicale. Je suis fier d’avoir suivi les traces de mon père. Je lui ai dédié mon autobiographie qui est intitulé sur les traces de mon père.

A votre avis notre existence est le fruit du hasard ?

Je ne dirai pas cela. Parce qu’il a bien fallu peut-être quelque chose pour entraîner l’existence d’autre chose. A partir de ce moment, admettons qu’il y a quelque chose qui était avant et qui peut être invoqué et qui peut expliquer ce qui se passe et qui peut départager de telle sorte que nous ne soyons pas livrés à nous-mêmes et que la religion puisse permettre aux uns et aux autres de modérer leur appétit, modérer leur agressivité afin de bien vivre avec les autres.

Etes-vous tours un chrétien convaincu ?

Non, je ne suis plus un chrétien. Je m’intéresse à la religion comme phénomène social, phénomène culturel. J’ai été catholique et au moment où cette rupture se faisait avec le christianisme, j’ai même failli devenir musulman en imitant les musulmans américains noirs. C’est après que je me suis dit qu’au fond toutes les religions s’équivalaient et que ce qui était important c’est que j’ai ma religion au propre, au sens de valeurs dans lesquelles je crois et que je m’efforce à appliquer les valeurs dans lesquelles je crois. Parce qu’autour de moi, je voyais beaucoup de gens religieux et qui n’appliquaient pas les préceptes de leurs religions.


Source : Ivoirsoir.net

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